Publié le samedi 24 janvier 2009

Réflexions du fauteuil : la bataille des plaines d’Abraham de 2009, une réaction de colonisés

24 01 2009

Beaucoup de Québécois réagissent en colonisés à la commémoration de la bataille des plaines d’Abraham qui aura lieu l’été prochain. Ils sont obnubilés par l’idée que si la conquête n’avait pas eu lieu, nous serions un peuple souverain et que notre culture ne serait pas menacée. C’est une vision naïve et merveilleuse qui ne passerait probablement pas le test de l’histoire.

La conquête et le fait que notre territoire soit devenu une colonie anglaise fait parti de notre histoire. Nous sommes ce que nous sommes parce que cela est survenu et le renier équivaut à rejeter une partie importante de notre identité. Si nous sommes différents et si fiers de nos origines françaises, de notre langue et de notre culture, c’est en partie parce qu’il a fallu nous battre pour les conserver. Je ne dis par qu’il faut sauter au plafond de joie et se précipiter par centaines de milliers sur les plaines pour célébrer un événement qui est encore une blessure pour plusieurs. Mais c’est un des moments fondateurs de notre histoire qu’on le veille ou non. Les Japonais commémorent Hiroshima, les Belges commémorent Waterloo et les Allemands la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Je ne vois pas ce que nous avons à gagner à faire comme si ça n’avait pas existé. Les tabous n’apportent jamais rien de positif.

En ce qui concerne le poids historique de l’événement, il y a tellement de mythes qu’il faut mettre les pendules à l’heure. Premièrement, ce sont les Français et les Anglais qui étaient en guerre, pas nos ancêtres, les colons de la Nouvelle-France. La bataille de Québec en 1659 n’est pas l’événement décisif de cette guerre. D'ailleurs, les Français gagneront ensuite la bataille de Ste-foy. Ce n’est que 4 ans plus tard, à la fin de la guerre, par le Traité de Paris, que la France cédera la Nouvelle-France à l’Angleterre pour garder quelques îles des  Antilles. Si elle avait voulu conserver notre territoire, elle aurait pu négocier le contraire. Dans ce sens, nous avons été plus abandonnés que conquis.

D’autre part, si les Anglais n’étaient pas venus à Québec, que serait-il arrivé? Nous ne le saurons jamais, mais il est loin d’être certain que nous aurions survécu. Déjà La France ne s’occupait plus tellement de notre colonie. Nous étions laissés à nous même et nous aurions probablement vivoté pendant longtemps. Qui sait si elle ne nous aurait pas cédé aux États-Unis pour célébrer la révolution américaine à laquelle elle a participé activement deux décennies plus tard. Nous serions devenus américains et alors il est loin d’être certain que nous aurions conservé notre héritage français. Je l’ai déjà écrit, sauf en ce qui concerne l’épisode du rapport Durham qui n’a jamais été appliqué d’ailleurs, les Anglais nous ont traités avec humanité en nous permettant de conserver notre religion et notre langue. Il suffit de voir ce qu’ils ont fait aux Acadiens et la manière dont les colonisateurs se sont comportés partout dans le monde à cette époque pour en être convaincu. Dans tous les scénarios que l’on puisse imaginer, nous serions devenus de toute façon un peuple minoritaire en Amérique du Nord, mais il est loin d’être assuré que les conditions de notre survivance auraient été aussi favorables que celles que nous avons connues.

La commémoration et la reconstitution de la bataille des plaines est une belle occasion pour montrer spécialement aux jeunes à qui on n’enseigne pas assez l’histoire, un moment charnière de notre passé et c’est ainsi que nous devrions l’aborder.

Montcalm et Wolfe réagissent à la commémoration de l’événement sur Les bulles. Cliquez ci-dessous pour voir.

http://lesbulles.monblogue.branchez-vous.com/





1 Commentaire :

Commentaire écrit le samedi 24 janvier 2009 à 15:10:00 (lien)
L\'avocat du Diable
Nous étions des colons Français et en 1759, nous somme devenu les colonisés des Anglais.

Célébrons l'évènement et soyons fiers de notre statut de colonisé 250 ans plus tard.

En bon colonisés remercions le conquérant d'avoir été moins rat avec nous qu'avec les Acadiens.

«« Dans tous les scénarios que l’on puisse imaginer, nous serions devenus de toute façon un peuple minoritaire en Amérique du Nord, mais il est loin d’être assuré que les conditions de notre survivance auraient été aussi favorables que celles que nous avons connues. »»

Avec un phrase comme celle-la, inutile d'aller voir la définition de célonisé dans le Petit Robert.



Ajouter un commentaire